Chapitre 5 - Neuf cents kilomètres
Coventry. Ville industrielle du centre de l'Angleterre, importante pour la production automobile, aéronautique et d'armement. Dans la nuit du 14 au 15 novembre 1940, la Luftwaffe mène contre la ville l'un des raids les plus concentrés de la guerre. Le centre est largement détruit, la cathédrale Saint-Michel incendiée et 568 personnes tuées. Le mot « coventrieren » entre alors dans l'usage allemand pour désigner la destruction systématique d'une ville. La production industrielle reprend pourtant en quelques semaines. En 1945, Coventry fonctionne toujours.
L'ordre arrive le 26 avril au matin.
Un Feldkurier, comme pour Von der Linde six semaines plus tôt. Sacoche verrouillée, pli contre signature, pas un mot. Von Braun ouvre l'enveloppe dans sa chambre du deuxième étage de l'hôtel, celle qu'il partage avec Magnus quand Magnus reste dormir. Magnus n'est pas là ce matin. Il est à Nordhausen, au Mittelwerk.
Deux pages. La première : ordre de mise en oeuvre opérationnelle du A4b avec charge spéciale de type N. La deuxième : coordonnées de la cible. Latitude, longitude, altitude du terrain. Et un nom. Coventry.
Von Braun connaît Coventry. Tout le monde en Allemagne connaît Coventry. Novembre 1940, la Luftwaffe a rasé le centre-ville en une nuit. 568 morts, la cathédrale détruite, les usines en feu. Göring avait fait de l'opération un symbole. "Coventrieren" - le verbe était entré dans la langue. Anéantir une ville. Coventry avait été reconstruite. Les usines tournaient à nouveau - BSA, Armstrong Whitworth, des moteurs d'aviation, des pièces de blindés. Cible militaire légitime, sur le papier.
Von Braun pose les deux feuilles sur le lit défait. Il regarde par la fenêtre. Le Harz au printemps, les collines vertes sous un ciel blanc. Il fait beau.
Il prend un crayon et calcule la distance. Bleicherode - Coventry. Il n'a pas besoin de carte, il connaît les coordonnées par coeur. 920 kilomètres. Le A4b standard, avec les ailes, fait 580. C'est insuffisant. Depuis la côte néerlandaise, ce serait jouable - les Allemands tiennent encore la Forteresse Hollande, les garnisons n'ont pas capitulé. Mais transporter un A4b en pièces détachées à travers une Allemagne en décomposition, sur des routes bombardées, à travers des zones où le front n'existe plus vraiment, c'est trois semaines de logistique. Il n'a pas trois semaines.
Il descend au garage.
Les plans sont toujours sur le mur, entre le calendrier de 1943 et la publicité pour la bière. Riedel est là, penché sur une table couverte de feuilles de calcul. Von Braun lui montre l'ordre sans un mot. Riedel lit, regarde la distance, regarde Von Braun. Il dit :
"Neuf cent vingt kilomètres."
Von Braun dit : "Oui."
Riedel dit : "On ne les a pas."
Von Braun ne répond pas. Il va au mur, décroche les plans de l'aileron, et sort d'un carton posé par terre un autre jeu de dessins. Riedel ne les a pas vus. Personne ne les a vus. Von Braun les a faits seul, le soir, dans la chambre, pendant les deux semaines qui ont suivi la résolution du problème d'aileron. C'est la suite logique. L'aileron, c'était la stabilité du vol plané. Le reste, c'est la portée.
Il punaise les dessins au mur. Trois feuilles. Le fuselage du A4b, annoté au crayon, avec un segment supplémentaire de quatre-vingts centimètres inséré entre la section moteur et la section de charge. Le segment est un cylindre simple - même diamètre que le fuselage, mêmes matériaux, mêmes rivets. À l'intérieur, un réservoir supplémentaire. Mille deux cents kilogrammes d'éthanol et d'oxygène liquide en plus. Le segment pèse quatre cents kilos à vide. Le rapport est favorable - trois kilos de carburant pour un kilo de structure.
Riedel regarde les dessins. Il dit : "Le centre de gravité se déplace."
Von Braun montre la deuxième feuille. Les calculs de stabilité. Le centre de gravité recule de onze centimètres avec le segment supplémentaire. Ça change l'équilibre en vol, le moment de bascule, le comportement des ailes au déploiement. Von Braun a tout recalculé. Des pages entières de chiffres, d'intégrales, de courbes de portance. Riedel parcourt les calculs. Il ne trouve pas d'erreur. Il ne s'attendait pas à en trouver.
La troisième feuille est le profil de vol. Pas la trajectoire balistique classique du V2 - monter en courbe parabolique, retomber. Le A4b allongé grimpe presque verticalement, beaucoup plus haut que le V2 standard. À l'extinction du moteur, la fusée est à quatre-vingt-cinq kilomètres du sol, en vol balistique pur - pas d'air, pas de portance, pas de traînée. Les ailes se déploient à ce moment, mais elles ne servent à rien encore. Le vide est trop complet. La fusée poursuit sa course sur son élan, atteint l'apogée, puis redescend. C'est en replongeant dans l'atmosphère, vers cinquante kilomètres, que tout se joue. L'air s'épaissit progressivement. Les ailes commencent à mordre. La portance apparaît, d'abord faiblement, puis de plus en plus. Le problème que Von Braun a résolu n'est pas un problème de planeur - c'est un problème de rentrée. À quelle altitude exacte basculer l'incidence des ailes pour convertir la vitesse en distance sans que l'échauffement aérodynamique détruise la structure. À quel angle attaquer l'atmosphère pour que la fusée ne rebondisse pas vers le vide et ne pique pas trop vite vers le sol. Un corridor étroit entre deux catastrophes, calculé au dixième de degré.
Personne n'a résolu ce problème avant lui. Personne n'a eu besoin de le résoudre. Von Braun l'a fait en deux semaines, avec un crayon et une règle à calcul, dans une chambre d'hôtel du Harz.
Portée théorique : neuf cent dix kilomètres.
Riedel regarde le chiffre. Il regarde Von Braun. Il ne dit rien.
Von Braun dit : "Il faut construire le segment. On a les tôles et les soudeurs. L'assemblage prend quatre jours."
Riedel dit : "Et les essais ?"
Von Braun dit : "Il n'y aura pas d'essais."
Silence dans le garage. L'un des autres ingénieurs lève la tête de sa table, puis la rebaisse. Dehors, un camion passe sur la route de Nordhausen.
Riedel dit : "Si le centre de gravité est faux de deux centimètres, la fusée pique à Mach 3 quelque part au-dessus de la Manche."
Von Braun dit : "Le centre de gravité n'est pas faux."
Ce n'est pas de l'arrogance. Ou peut-être que si. Mais les calculs sont justes. Von Braun sait qu'ils sont justes. Il a vérifié trois fois. Le segment est simple. Les soudures sont standard. Le réservoir est une copie exacte des réservoirs existants, allongé. Si l'aileron tient - et l'aileron tient depuis le correctif - le reste tient aussi, plus haut et plus long. Neuf cents kilomètres.
Riedel regarde les plans encore un moment. Puis il dit : "Quatre jours."
Il sort du garage pour aller chercher les soudeurs.
Von Braun reste devant les dessins. Sa fusée. Celle qu'il a conçue seul, calculée seul, le soir, dans une chambre d'hôtel, pendant que Magnus dormait dans le lit d'à côté. L'allongement du fuselage, c'est lui. L'augmentation de portée, c'est lui. Le corridor de rentrée, c'est lui. Aller plus loin, toujours plus loin - c'est la même pulsion qui l'anime depuis le télescope de sa mère. Treize ans et les yeux fixés sur la Lune. Le même geste. La même ambition. Plus haut, plus loin, au-delà. L'espace, un jour.
Sauf que cette fusée-là ne monte pas vers l'espace. Cette fusée-là monte à quatre-vingt-cinq kilomètres et redescend. Sur une ville anglaise. Avec une charge dont il a lu les spécifications techniques et dont il connaît maintenant les effets. Parce que les rapports de Grodzisk ont circulé. Pas les rapports soviétiques - ceux-là sont dans la sacoche de Speer. Les rapports allemands. Les données de la Wehrmacht sur l'impact. Les chiffres. La zone. Les morts.
Les enfants.
Von Braun sait ce que le NERV a fait près de Varsovie. Il sait que les enfants meurent en premier. Il sait que la zone s'étend. Il sait que les animaux deviennent des vecteurs. Et il sait que sa fusée - sa fusée, pas celle de Dornberger, pas celle du Heereswaffenamt, celle qu'il a dessinée seul dans une chambre d'hôtel - va transporter l'agent à neuf cents kilomètres pour le déverser sur Coventry.
Il regarde les plans sur le mur. Le fuselage allongé. Les ailes. La trajectoire qui perce l'atmosphère, bascule dans le vide, et replonge en convertissant sa vitesse en distance. C'est beau, d'un point de vue d'ingénieur. C'est élégant. Le problème est résolu. La portée est atteinte. Le vecteur est prêt.
"Je construis des fusées."
C'est ce qu'il se dit. Il ne le dit pas à voix haute. Il n'en a pas besoin. La phrase est là depuis le début. Depuis Peenemünde. Depuis Mittelbau-Dora, où les déportés mouraient dans les tunnels pour assembler ses V2 et où il passait devant les cadavres empilés sans s'arrêter. Depuis Londres, où ses fusées tombaient sur des maisons. La phrase a toujours fonctionné. Elle fonctionne encore. Elle fonctionne parce qu'elle est vraie - il construit des fusées, c'est un fait. Ce qu'elle ne dit pas, c'est que la fusée et la charge sont le même objet. Que le véhicule et l'arme ne sont pas séparables. Que "je construis des fusées" et "je livre du NERV sur Coventry" sont la même phrase, dite par le même homme, le même jour.
Il le sait. Quelque part, dans un endroit qu'il ne visite pas, il le sait.
Il ne décroche pas les plans du mur. Il sort du garage.
Magnus arrive le soir, depuis Nordhausen. Il a les traits tirés. Les tunnels du Mittelwerk sont un endroit qui fatigue même ceux qui ne portent pas les charges. Magnus ne parle jamais de ce qui se passe dans les tunnels. Wernher ne demande jamais.
Ils dînent dans la salle à manger de l'hôtel. De la soupe, du pain, un morceau de fromage que Magnus a ramené de Nordhausen. Le piano Bechstein est toujours là, entre le mur et les caisses d'archives. Von Braun ne le regarde pas.
Magnus dit que leur mère a écrit à nouveau. La maison de Charlottenburg tient toujours. Emmy est chez la voisine du rez-de-chaussée. Elle demande si les garçons mangent assez. Elle demande quand ils vont rentrer.
Von Braun dit : "Bientôt."
Il ne dit pas quoi. Il ne dit pas Coventry. Magnus est chimiste. Magnus travaille au Mittelwerk où l'on fabrique les fusées. Magnus saurait exactement ce que veut dire un A4b chargé de NERV sur une ville anglaise. Et Magnus n'a pas besoin de savoir. Pas encore. Pas ce soir.
Magnus déplie la lettre d'Emmy sur la table. L'écriture est régulière, serrée, avec des boucles à l'ancienne. Von Braun la lit à l'envers, de l'autre côté de la table. Il reconnaît les mots sans les lire. Sa mère écrit toujours les mêmes choses. Les courses. Le jardin de la voisine. Les alertes. Le chat qui a disparu. Le télescope.
Le télescope. Emmy demande si Wernher veut qu'elle essaie de le récupérer. Il est dans le grenier de la maison de Charlottenburg, si le grenier tient encore. Le télescope qu'elle lui a offert pour sa confirmation luthérienne. Celui qui a tout commencé.
Von Braun dit : "Non. Laisse-le."
Il se lève de table. Il monte au deuxième étage. Il ne joue pas de piano. Il ne sort pas le Hensoldt pour regarder les étoiles. Il s'allonge sur le lit et regarde le plafond. Le bras gauche dans l'écharpe fait mal. Magnus a dit qu'il faudrait recasser. Plus tard.
Dans quatre jours, la fusée sera prête. Sa fusée. Neuf cents kilomètres.
La construction du segment prend cinq jours, pas quatre.
Un problème de soudure. Les tôles récupérées dans un dépôt de la Wehrmacht à Nordhausen ne sont pas exactement de la même épaisseur que celles du fuselage d'origine. Deux dixièmes de millimètre de différence. Ça ne change rien à la résistance structurelle, mais les gabarits de soudure ne s'ajustent pas. Riedel improvise des cales. Les soudeurs travaillent seize heures par jour, dans une grange à la sortie de Bleicherode, sous des bâches tendues entre les poutres pour cacher les étincelles des avions de reconnaissance alliés qui patrouillent le Harz.
Von Braun vient chaque matin vérifier l'avancement. Il mesure, il palpe les soudures, il fait refaire ce qui ne lui convient pas. Un cordon de soudure sur le segment 3, trop irrégulier. Les soudeurs recommencent. Von Braun ne s'excuse pas. La fusée doit être parfaite. Le mot "parfaite" est le sien, pas celui de l'état-major. L'état-major veut que ça vole. Von Braun veut que ça vole bien. La différence est celle qui sépare un ouvrier d'un ingénieur.
Le cinquième jour, le segment est terminé. Assemblage sur le fuselage du A4b dans la grange. Riedel supervise le boulonnage. Von Braun vérifie l'alignement au niveau à bulle. Deux ajustements, un calage, un dernier serrage. Le A4b allongé mesure maintenant quatorze mètres soixante de haut. Plus grand que le V2, plus fin avec les ailes repliées le long du fuselage, plus élégant. La fusée qui ira plus loin que toutes les autres.
On charge le NERV le sixième jour. Les conteneurs arrivent dans un camion bâché, le même type de convoi que celui qui avait quitté Spandau en mars. Von Braun n'assiste pas au chargement. Le protocole l'interdit - il n'a pas l'habilitation pour manipuler l'agent. Une équipe spécialisée du HGL de Von der Linde, envoyée depuis Berlin, ouvre les conteneurs, transfère l'agent dans le compartiment de charge du A4b, scelle le tout. Ils portent des combinaisons étanches et des masques à filtre intégral. Personne dans la grange ne voit leur visage.
Von Braun attend dehors, assis sur un muret, le bras gauche dans l'écharpe. Le soleil chauffe les pierres. Un merle chante dans un pommier au bord de la route. Von Braun l'écoute. Le chant du merle est une des choses les plus complexes de la nature - des centaines de motifs, des variations infinies, jamais deux phrases identiques. Il avait lu ça quelque part, avant la guerre. Il ne se souvient plus où.
L'équipe du HGL sort de la grange. Le chef d'équipe fait un signe. La charge est en place. La fusée est prête.
Le lancement a lieu le 2 mai 1945, à quatre heures du matin.
Le site est un pré en pente à trois kilomètres de Bleicherode, choisi pour son orientation ouest et l'absence de lignes électriques. Le A4b est dressé sur sa table de lancement, une structure métallique transportable qui maintient la fusée verticale pendant la mise à feu. Quatorze mètres soixante de haut, éclairés par les phares des camions du convoi technique. Les ailes sont plaquées contre le fuselage. Le nez de la fusée pointe vers un ciel sans nuages. Les étoiles sont visibles. Orion a disparu sous l'horizon depuis des semaines. Jupiter est couché. Il n'y a rien à regarder là-haut.
Von Braun est debout près du poste de commandement de tir, un camion radio garé à cinq cents mètres de la table. Riedel est à côté de lui. Magnus est resté à Bleicherode. Von Braun ne lui a pas dit de venir. Magnus n'a pas demandé.
La procédure de lancement prend quarante minutes. Pressurisation des réservoirs. Vérification des circuits électriques. Armement de la fusée de proximité - réglée à deux cents mètres d'altitude pour la dispersion de la charge. Le compte à rebours est donné par radio, en clair, depuis le camion.
Zehn. Neun. Acht. Sieben. Sechs. Fünf. Vier. Drei. Zwei. Eins.
Zündung.
Le moteur s'allume. Le bruit est immédiat et total - un rugissement grave qui fait vibrer le sol et la poitrine. La flamme est blanche, aveuglante, elle éclaire le pré et les collines autour comme en plein jour. Le A4b quitte la table lentement, presque avec hésitation, puis accélère. En quatre secondes, il a disparu dans le noir. Il ne reste que le bruit, qui monte, qui change de registre, qui s'éloigne. Puis plus rien.
Riedel chronomètre. Soixante-sept secondes de propulsion. Puis le silence. Le moteur s'est éteint. La fusée est quelque part au-dessus d'eux, à quatre-vingt-cinq kilomètres d'altitude, invisible, en vol balistique pur. Il n'y a plus d'air. Les ailes se sont déployées, mais elles ne mordent rien. La fusée monte encore sur son élan, atteint l'apogée, bascule. Puis la descente commence. Vers cinquante kilomètres, l'air s'épaissira. Les ailes commenceront à porter. Le corridor de rentrée, le problème que Von Braun a résolu au crayon dans une chambre d'hôtel - l'angle exact qui convertit la vitesse en distance sans détruire la structure - décidera de tout. Si les calculs sont justes, la fusée traversera l'atmosphère en vol plané contrôlé et descendra sur Coventry. Si le corridor est trop étroit, si l'angle est faux d'un demi-degré, la fusée rebondit vers le vide ou brûle en rentrant.
Riedel dit : "Vingt à vingt-cinq minutes."
Von Braun ne répond pas. Il regarde le ciel vide. Le pré est silencieux maintenant. Les phares des camions éclairent la table de lancement, vide. La fumée du décollage se dissipe dans l'air froid du matin. L'herbe autour de la table est brûlée en cercle.
Vingt à vingt-cinq minutes. Il a construit une machine dont il connaît les équations et dont il ignore le comportement réel. Le premier vol du A4b allongé est aussi le premier tir opérationnel. Pas de prototype, pas d'essai, pas de données de rentrée. Des calculs. Les calculs sont justes. Probablement.
Von Braun retourne vers le camion. Il s'assoit sur le marchepied. Le bras gauche fait mal. Le merle ne chante pas à cette heure. Rien ne chante à cette heure. Il attend. Il ne sait pas ce qu'il attend. Le A4b est parti. Les calculs sont justes. La fusée traverse l'atmosphère quelque part au-dessus de l'Europe dans le noir. Il n'y a plus rien à faire.
Il pense au télescope dans le grenier de Charlottenburg. Il pense à sa mère qui demande s'il veut qu'elle le récupère. Il pense à la Lune qu'il a vue pour la première fois à travers cette lentille, à treize ans, ronde et blanche et silencieuse. Il pense que la fusée qui traverse l'atmosphère en ce moment au-dessus de la mer du Nord est l'objet le plus proche de l'espace qu'il ait jamais construit. Et que personne ne regardera jamais cet objet comme un pas vers les étoiles.
Il ferme les yeux. Le marchepied du camion est froid sous lui.