Bericht 47

Chapitre 11 - L'intervalle

Le projet Manhattan. En août 1939, Albert Einstein et Leo Szilard adressent au président Roosevelt une lettre l'avertissant du développement possible d'une bombe fondée sur la fission de l'uranium. Les États-Unis commencent à étudier le problème pendant la guerre, puis regroupent leurs recherches dans un programme militaire placé sous l'autorité du Manhattan Engineer District. Des scientifiques venus d'Europe, parmi lesquels plusieurs réfugiés juifs ayant quitté l'Allemagne, rejoignent les laboratoires américains. En 1942, Robert Oppenheimer prend la direction scientifique du programme. Des milliers de militaires, d'ingénieurs, de techniciens et d'ouvriers travaillent alors sur un projet dont la plupart ignorent la finalité. En juillet 1945, la première explosion nucléaire de l'histoire a lieu au Nouveau-Mexique.

Le deuxième A4b tombe le 14 mai sur un dépôt de carburant de la 3e armée américaine, à Giessen, en Hesse.

Le troisième tombe le 22 mai sur un noeud ferroviaire à Liège, en Belgique.

Le quatrième tombe le 3 juin sur un centre de commandement britannique à Eindhoven, aux Pays-Bas.

Le cinquième tombe le 17 juin sur un pont de ravitaillement soviétique à Küstrin, sur l'Oder, à quatre-vingts kilomètres de Berlin.

Cinq tirs en six semaines. Cinq zones de contamination qui s'étendent, chacune selon la même logique - les enfants d'abord, les rats, les oiseaux, le cercle qui grandit. Cinq taches sur la carte de l'Europe qui ne se referment pas.


À Spandau, Von der Linde signe les bons de sortie.

Chaque lot qui part est une opération identique à celle de mars. Les conteneurs montent du bâtiment C au bâtiment B. L'équipe de Becker les reconditionne pour le transport. Les camions bâchés emportent les caisses vers les sites de lancement. Von der Linde vérifie les joints, les températures, les masses. Il signe les fiches. Il classe les copies dans le dossier du programme.

L'inventaire baisse. 346 unités en mars. 330 après Grodzisk. 324 après Coventry. Giessen, Liège, Eindhoven, Küstrin - six unités par frappe en moyenne, selon la taille de la cible et la concentration souhaitée. 300 unités le 20 juin. Von der Linde tient le registre à la main, dans un cahier séparé des rapports techniques. Chaque sortie est une ligne. Date, nombre de conteneurs, destination codée. Le registre ressemble aux livres de comptes d'un magasin de province - entrées, sorties, stock restant. Sauf que les sorties ne sont pas des marchandises.

Il a repris ses observations d'oiseaux. Le carnet vert est ouvert chaque midi sur le bureau 12. Mais les oiseaux de Spandau ont changé. Le moineau du tuyau de descente n'est pas revenu depuis avril. Les mésanges charbonnières sont toujours dans le tilleul de la cour. Deux couples, peut-être trois. Von der Linde les compte. Les corneilles sur le mur d'enceinte sont moins nombreuses qu'en hiver. C'est normal - les corneilles se dispersent au printemps, quand les territoires de nidification s'étendent. Il le sait. Il le note. Il ne se pose pas de question.

Pas encore.

Les rapports des zones de frappe arrivent sur son bureau avec un délai de deux à trois semaines. Des résumés techniques, pas des récits. Rayon de contamination observé. Délai d'apparition des symptômes. Mortalité par catégorie - militaires, civils, enfants. Comportement de l'agent dans différents types de sols. Dispersion par vecteurs animaux. Von der Linde lit les rapports comme il lisait ses propres données d'essai à Münster. Des chiffres. Des courbes. Des anomalies à investiguer.

Sauf que les anomalies du Bericht 47 ne sont plus des anomalies. Elles sont le fonctionnement normal de l'arme. La persistance n'est pas un défaut - c'est le principe. La dispersion par les animaux n'est plus un effet secondaire - elle fait partie du fonctionnement de l'arme. Ce qu'il avait noté comme "problèmes à résoudre" sur un terrain d'essai de quelques hectares est maintenant le comportement documenté de cinq zones de contamination réparties sur un millier de kilomètres de front.

Von der Linde lit les rapports. Il les classe. Il ne rédige pas de commentaire. Il ne recommande rien. Il signe les bons de sortie suivants.

Le soir, à Charlottenburg, Freda a trouvé du chou au marché noir. La soupe est meilleure que d'habitude. Von der Linde mange. Il ne parle pas de son travail. Il n'en a jamais parlé. Il ouvre le carnet vert et note qu'il a vu un roitelet dans les buissons de la cour, le premier depuis février. Observation brève, identification incertaine. Il ne la confirme pas. Il n'aime pas les données incomplètes.


À Bleicherode, Von Braun dessine.

Pas des A4b. Les A4b, c'est réglé. Les plans du fuselage allongé et du correctif d'aileron ont été transmis à l'atelier de Nordhausen en mai. Le Mittelwerk fabrique les fusées en série maintenant - pas en grande série, les matériaux manquent et les bombardements alliés compliquent les livraisons, mais assez pour fournir les tirs. Trois à quatre A4b par mois. Les déportés qui meurent dans les tunnels assemblent les composants. Les ingénieurs de Von Braun supervisent. Le système tourne. Von Braun n'a plus besoin d'être là.

Ce qu'il dessine, c'est le A4c.

Pas un A4b amélioré. Autre chose. Un étage supplémentaire sous le fuselage principal - un premier étage qui brûle, se détache, et laisse le deuxième étage poursuivre seul. Deux étages. Le principe est connu depuis les travaux théoriques de Tsiolkovski et d'Oberth dans les années vingt. Personne ne l'a construit. Von Braun a les calculs. Il les fait le soir, dans la chambre, pendant que Magnus lit ou dort. Des pages de chiffres. Des courbes de poussée. Des profils de séparation.

Portée théorique du A4c : 2 500 kilomètres.

Assez pour atteindre Moscou depuis l'Allemagne. Assez pour atteindre n'importe quoi en Europe. Assez pour que la question de la portée ne se pose plus jamais.

Von Braun ne pense pas à Moscou. Von Braun pense à l'altitude. Le premier étage pousse la fusée à 150 kilomètres. Le deuxième étage prend le relais dans le vide. 300 kilomètres. 400. À cette altitude, la Terre est une courbe bleue en dessous. On voit la courbure de l'horizon. On est dans l'espace.

C'est ce qu'il dessine. L'espace. La même chose qu'à treize ans avec le télescope. La même chose qu'à Peenemünde, qu'à Bleicherode, que sur le marchepied du camion à quatre heures du matin après le lancement sur Coventry. La version d'après. Toujours la version d'après.

Riedel regarde les plans un matin, dans le garage. Il regarde le profil à deux étages. Il regarde Von Braun. Il dit : "Pour quoi faire ?"

Von Braun ne répond pas. La question est trop simple et la réponse est trop compliquée. Pour quoi faire. Pour l'espace, évidemment. Pour la portée, évidemment. Pour la suite, évidemment. La suite de quoi - la suite du programme, la suite de la guerre, la suite de la physique. Les trois à la fois. Les trois inséparables. Comme la fusée et la charge sont le même objet, l'ingénieur et l'arme sont le même homme.

Riedel ne repose pas la question.

Le soir, Von Braun joue du piano. Le Bechstein désaccordé de la salle à manger. Pas la Pathétique de Beethoven - il joue du Bach maintenant. Les Variations Goldberg, celles qu'il peut jouer d'une seule main. La main droite sur le clavier, le bras gauche dans l'écharpe. Le plâtre a été refait en mai par un médecin de Nordhausen, mais l'os n'a pas été réaligné correctement. Le bras ne sera plus jamais comme avant. Magnus dit qu'il faudra opérer, après la guerre. Après la guerre. L'expression continue d'exister, comme si la guerre avait une fin.


À Grodzisk, Kovalenko cartographie.

Cinq mois. Sa carte au mur de la mairie a débordé du plan de la ville. Il a dû coller une deuxième feuille, puis une troisième. Les cercles rouges ont atteint les villages voisins - Milanówek, Brwinów, Pruszków. Des noms que personne en dehors de la Pologne ne connaît, devenus des données dans ses rapports. Rayon de mortalité confirmée : 22 kilomètres en mai. 28 en juin. La progression ralentit - la concentration diminue avec la distance - mais ne s'arrête pas.

Les croix bleues ont dépassé les cercles rouges depuis longtemps. Les oiseaux morts à quarante kilomètres du cratère. Des moineaux, des corneilles, des étourneaux. Des rapaces aussi maintenant - un busard trouvé dans un champ près de Żyrardów, à trente-cinq kilomètres à l'ouest. Le busard mange des rongeurs. Les rongeurs mangent du grain contaminé. La chaîne monte.

Kovalenko ne cherche plus à comprendre l'agent. Il sait ce qu'il ne saura pas sans un laboratoire, sans des moyens, sans des réponses de Moscou qui ne viennent pas. Il documente. Il numérote. Il étiquette. Ses tubes de verre s'empilent dans des caisses, dans l'arrière-salle de la mairie. Des centaines de prélèvements de sol, d'eau, de tissu animal. Personne ne vient les chercher. Personne ne les analyse. Les caisses s'empilent.

Son quatorzième rapport, envoyé le 28 juin, contient une section nouvelle. Pas les données habituelles. Une section intitulée "Observations sur la chaîne alimentaire." Il y décrit ce qu'il voit depuis mai - les cultures contaminées, les légumes qui poussent dans un sol empoisonné, les paysans qui les mangent, les symptômes qui apparaissent chez des gens qui n'ont jamais été proches du cratère. Des gens à vingt kilomètres, à trente, qui n'ont rien vu, rien senti, rien touché. Qui ont juste mangé des pommes de terre de leur jardin.

La question de la végétation qu'il s'était posée en avril, devant la mairie, en regardant les arbres verdir. Les feuilles absorbent-elles l'agent. La sève le transporte-t-elle. La réponse est probablement oui. Il n'a pas les instruments pour le prouver. Mais les corps le prouvent pour lui.

Il écrit dans son rapport : "La contamination de la chaîne alimentaire étend le rayon d'effet de l'agent bien au-delà de la zone de dispersion atmosphérique initiale."

Il ne rature pas cette fois. Il ne cherche pas un mot plus prudent. Il est fatigué d'être prudent. Quatorze rapports. Aucune réponse. Le colonel du NKVD est venu une fois et n'est pas revenu. L'Armée rouge avance autour de Grodzisk sans passer par Grodzisk. La ville est un trou dans la carte, contourné, oublié. Et Kovalenko est l'homme dans le trou.


L'Armée rouge avance, mais elle avance autrement.

Les ordres de Moscou n'ont pas changé - Berlin reste l'objectif. Mais les itinéraires changent. Les colonnes de chars contournent Grodzisk par le nord. Les convois de ravitaillement passent à cinquante kilomètres au sud. Les unités de reconnaissance chimique marchent en tête, avec leurs détecteurs et leurs fanions. Les soldats portent des masques qu'ils détestent et qui ne servent probablement à rien contre le NERV. Mais les masques rassurent le commandement.

Kovalenko le sait parce qu'il voit les convois passer au loin, sur la route de Varsovie, sans s'arrêter. Il entend les moteurs des camions la nuit. Parfois un officier de liaison passe par Grodzisk pour vérifier les cartes de contamination - un capitaine nerveux qui reste dix minutes, recopie les derniers chiffres, et repart. Il ne regarde pas Kovalenko. Il ne pose pas de questions. Il prend les chiffres et il s'en va.

La guerre continue avec le NERV comme donnée du terrain. Comme les mines, comme les rivières, comme les ponts détruits. Un obstacle de plus. Le plus dangereux de tous, parce qu'on ne le voit pas et qu'il ne se désamorce pas.

Après Küstrin, le cinquième tir, les soldats soviétiques ont un nom pour les zones contaminées. Ils les appellent "miortvye pyatna" - les taches mortes. Un soldat qui entre dans une tache morte ne sait pas s'il en ressortira vivant. Un char qui roule dans une tache morte ne sait pas si la poussière soulevée par ses chenilles est de la poussière ou autre chose. Un cuisinier de campagne qui fait bouillir de l'eau d'une rivière qui traverse une tache morte ne sait pas ce qu'il met dans la marmite.

L'Armée rouge n'a pas peur des Allemands. L'Armée rouge a peur de l'air.


Washington et Moscou se parlent.

Pas par les canaux officiels de l'alliance. Par des voies détournées - attachés militaires, notes diplomatiques discrètes, messages transmis par les missions de liaison à Moscou. Le sujet est le NERV. Les Américains demandent aux Soviétiques de suspendre certaines opérations dans les zones contaminées. Pas par humanité - par stratégie. Chaque soldat soviétique qui traverse une tache morte et qui meurt trois semaines plus tard est un soldat de moins pour prendre Berlin. Et les Alliés ont besoin que les Soviétiques prennent Berlin, parce que les Américains et les Britanniques n'avancent plus assez vite eux-mêmes.

Moscou refuse. Pas brutalement - diplomatiquement. L'Armée rouge ajuste ses plans en fonction des réalités du terrain, comme elle l'a toujours fait. L'Union soviétique n'a pas besoin de conseils extérieurs pour gérer ses opérations militaires. Le message est poli. Le sous-texte est clair.

Puis Washington fait comprendre autre chose. Le Lend-Lease - les camions Studebaker, le carburant d'aviation, les boîtes de conserve, les pièces de rechange, le matériel médical - ne peut pas être considéré comme acquis si les opérations soviétiques risquent de propager la contamination vers l'ouest. Ce n'est pas un ultimatum. C'est une phrase dans une note en bas d'un mémo. Le genre de phrase qui ne ressemble à rien et qui change tout.

Staline lit la note. Staline comprend ce que la note signifie. La guerre contre l'Allemagne est en train de créer une dépendance soviétique vis-à-vis de l'Amérique. Les camions qui transportent les divisions soviétiques vers Berlin sont des camions américains. Le carburant qui fait voler ce qui reste de l'aviation soviétique est du carburant américain. La nourriture qui nourrit les soldats dans les camps de base est de la nourriture américaine.

Staline déteste cette situation. Staline note cette situation. Staline n'oublie jamais.

L'Armée rouge ralentit. Pas officiellement. Pas par ordre. Par ajustement. Les contournements sont plus larges. Les pauses plus longues. Les unités de reconnaissance passent plus de temps à sonder. Berlin est toujours l'objectif. Berlin est juste un peu plus loin qu'avant.


À Washington, Truman lit les rapports de mai, puis ceux de juin.

Les rapports de Coventry s'alourdissent chaque semaine. Ceux de Giessen, de Liège, d'Eindhoven, de Küstrin commencent à arriver. Cinq zones de contamination. Cinq courbes de mortalité qui montent. Cinq ensembles de chiffres que Truman aligne dans ses colonnes.

Il pose toujours la même question dans la marge : combien en ont-ils encore ?

Les services de renseignement estiment le stock initial de Spandau entre 300 et 400 unités. Cinq frappes, six conteneurs par frappe en moyenne. Trente conteneurs utilisés. Il en reste entre 270 et 370.

Assez pour des dizaines de frappes supplémentaires. Truman fait le calcul. Des dizaines de taches mortes en Europe. Autant de villes, noeuds ferroviaires,ponts entourés de zones où personne ne peut vivre ni cultiver ni boire l'eau pendant des mois. Peut-être des années. Personne ne sait combien de temps le NERV persiste. Grodzisk n'a que trois mois et la contamination ne s'est pas arrêtée.

Truman comprend progressivement que le NERV n'est pas une arme qui tue des soldats. C'est une arme qui tue le terrain. Chaque frappe retire un morceau d'Europe de la carte des endroits habitables. Si les Allemands continuent au rythme actuel - un tir par semaine, parfois deux - l'Europe de l'ouest sera un archipel de zones mortes avant Noël.

Et les récoltes. Les rapports de Grodzisk confirment ce que Kovalenko a observé. La chaîne alimentaire est touchée. Les cultures absorbent l'agent. Les animaux le transportent. La contamination ne reste pas dans le cratère - elle voyage, par les racines, par les oiseaux, par l'eau. L'Europe en 1945 est déjà au bord de la famine. Le NERV peut transformer la famine en catastrophe.

Trinity est prévu pour juillet. Le projet Manhattan est dans sa dernière phase. Truman ne sait pas encore si la bombe fonctionnera. Mais il sait qu'il a besoin qu'elle fonctionne. Parce que la réponse conventionnelle - avancer, occuper, désarmer - ne marche plus quand chaque kilomètre conquis peut devenir inhabitable.

Le soir, il écrit à Bess. Il ne peut rien dire de ce qu'il lit chaque matin. Il écrit que Washington est chaud en juin, que le jardinier a planté des rosiers, que Margaret a appelé. Il écrit des phrases ordinaires d'un homme ordinaire qui fait un travail extraordinaire. Puis il pose le stylo et il regarde la photo de Bess et Margaret sur le bureau. Le porche de North Delaware Street. Les sourires.

Il ne dit pas à Bess que le monde est en train de devenir inhabitable. Il ne dit pas qu'il attend une bombe pour répondre à un poison. Il ne dit pas que les colonnes de chiffres qu'il additionne chaque matin sont des colonnes de morts.

Il éteint la lampe.


Fin juin, Von der Linde reçoit un rapport différent des autres.

Pas un rapport de zone de frappe. Un rapport de la Kampfmittelanstalt de Münster - le terrain d'essai où le NERV a été testé avant la guerre. Le responsable du site signale des anomalies. Des animaux morts dans les zones d'essai qui avaient été décontaminées en 1941. Des rongeurs, principalement. Les zones avaient été traitées, les sols retournés, les protocoles suivis. Quatre ans plus tard, quelque chose tue encore des animaux.

Von der Linde lit le rapport dans le bureau 12. Le moineau n'est pas sur le rebord de la fenêtre. Le moineau n'est pas revenu depuis avril. Von der Linde avait cessé de noter son absence.

Il relit le rapport. Les zones d'essai de Münster. Les terrains qu'il avait supervisés lui-même en 1940. Les protocoles de décontamination qu'il avait rédigés. Les sols qui avaient été traités. Quatre ans. Et des animaux meurent encore.

Il ouvre le tiroir de droite. Sous le classeur et la boîte de trombones, les jumelles Zeiss. Il ne les a pas sorties depuis des semaines. Il les prend, les retourne dans ses mains. Les lentilles rayées. Ruhland, 1928. Avant tout ça.

Il pense à la phrase du Bericht 47. "Die Ausbreitung ist nicht räumlich begrenzt." La propagation n'est pas spatialement limitée. Il avait écrit ça en 1940. Une anomalie à investiguer. Cinq ans plus tard, les zones d'essai de Münster tuent encore des animaux, et cinq villes d'Europe se vident de leurs oiseaux.

Von der Linde range les jumelles. Il range le rapport de Münster dans le dossier du programme, entre les bons de sortie et les fiches de contrôle. Il ne rédige pas de commentaire. Pas encore. Mais quelque chose a changé dans sa façon de classer les documents. Le rapport de Münster est au-dessus de la pile, pas en dessous. C'est la première chose qu'il verra en ouvrant le dossier demain matin.

Le registre des conteneurs indique 298 unités restantes.


Le 16 juillet, dans le désert du Nouveau-Mexique, le ciel s'allume.

Truman reçoit le télégramme l'après-midi même, à Washington. Il le lit. Il le relit. Il le plie et le met dans la poche de sa veste.

Les colonnes de chiffres sur son bureau n'ont pas changé. Les morts de Coventry, de Giessen, de Liège, d'Eindhoven, de Küstrin. Les projections. Les stocks allemands estimés. Le rythme des frappes. La contamination des récoltes. Les tensions avec Moscou.

Et maintenant, dans l'autre colonne, un chiffre nouveau. 15 kilotonnes. Le champignon de Trinity à 12 kilomètres d'altitude. L'onde de choc à 160 kilomètres.

Le NERV ralentit la guerre. La bombe peut la terminer.

Truman regarde les deux colonnes. Les additions sont simples. Les additions ont toujours été simples. C'est ce qui vient après les additions qui ne l'est pas.