Ça devrait aller mieux demain

Note historique

Ce roman mêle des personnages inventés à des lieux, des faits et des personnes réels. Cette note dit ce qui est documenté, ce qui est reconstitué de manière vraisemblable, et ce qui est imaginé.

Les personnages


Sont inventés : Madeleine Calvet et sa famille, le docteur Auguste Vialat, Mademoiselle Eugénie Laffont, Firmin, Lucien Perrin et ses parents, Désiré Hennequin, et tous les blessés, infirmières et soignants qui ne sont pas cités ci-dessous.

Ont existé :

- Hippolyte Morestin (1869-1919), né en Martinique, chirurgien des hôpitaux de Paris, a dirigé pendant la guerre le service des blessés de la face du Val-de-Grâce, la 5e division des blessés. Son apparence est décrite d'après ses portraits photographiques. Ses paroles et ses gestes dans le roman sont imaginés, à partir de ce que l'on sait de sa pratique et de ses publications. Il est mort le 12 février 1919.
- Léon Frey (1866-1935), stomatologiste, auteur dès 1896 d'une Pathologie des dents et de la bouche. Son service de prothèse et de restauration de la face, antérieur à la guerre, a été rattaché à la 5e division le 14 décembre 1914. Il réduisait et maintenait les fractures des mâchoires, rétablissait l'occlusion et fabriquait les appareils ; Morestin reconstruisait les tissus. Dans le roman, il n'apparaît que par ses dentistes et ses appareils.
- Marguerite H., 23 ans, infirmière de la Société de secours aux blessés militaires, assistante de chirurgie à l'hôpital complémentaire du Val-de-Grâce installé à l'École polytechnique. Alitée le 16 juin 1918, elle est morte le 20 d'une pneumonie contractée auprès de ses malades. Les sources donnent son nom sous deux orthographes, Hallé et Hall, d'où l'initiale.
- Mlle Wagner, infirmière auxiliaire au Val-de-Grâce, morte le 11 octobre 1918. Une seule source la mentionne, sans prénom.
- Marcelle Louvat (1887-1918), née à Tours, infirmière-major à l'hôpital de l'École polytechnique, où elle soignait les contagieux. Elle est morte de la grippe compliquée d'une bronchopneumonie le 13 octobre 1918. Le Figaro a annoncé sa mort le lendemain. Son nom a été ajouté au monument aux morts de Tours en 2018.

Ce qui est documenté


Toulouse. L'École des infirmiers, infirmières et des garde-malades de Toulouse est décidée en 1900 et ouvre à l'Hôtel-Dieu Saint-Jacques en octobre 1901, avec vingt élèves, dont dix-neuf religieuses. Elle ferme en 1917, faute de candidates. Les Filles de la Charité servent dans les hôpitaux de Toulouse depuis 1689. À la fin de l'été 1914, l'Hôtel-Dieu et La Grave accueillent un hôpital bénévole militaire, le HB 42 bis (les sources hésitent entre le 28 août et le 28 octobre pour son ouverture).

Le Val-de-Grâce. L'hôpital est organisé en divisions de blessés et en divisions de fiévreux. La 5e division, « le Cinquième », reçoit les blessés de la face. L'adresse « 5e division, pavillon B, salle 28 » est attestée en novembre 1916. Le 13 mars 1917, Morestin présente soixante de ses opérés à l'Académie de médecine. Ils sont là en personne, chacun avec un petit album de photographies montrant son visage à chaque étape. La Greffe générale, journal satirique rédigé et illustré par les blessés de la face, paraît en huit numéros entre décembre 1917 et juillet 1918, avec pour devise « Rire quand même ! ». Le premier numéro est dédié à Morestin, le deuxième à ses collaborateurs.

La chirurgie. Les techniques décrites suivent les publications de Morestin dans les Bulletins et mémoires de la Société de chirurgie de Paris. La greffe graisseuse du chapitre 3 reprend un cas réel : le 21 juin 1915, Morestin comble une dépression de la joue, consécutive à une fracture de la mâchoire, avec une masse de graisse prise dans la fesse du blessé, puis modèle le relief à la bande élastique. Il présente ce cas le 21 juillet 1915. Les greffes de cartilage costal datent de 1915, la reconstruction de la pommette et du contour de l'orbite par le cartilage de 1916, ainsi que les autoplasties « en jeu de patience ».

Le statut des infirmières. La circulaire n° 38 Ci/7 du 8 mars 1916 crée le corps des infirmières temporaires des hôpitaux militaires, avec un engagement pour la durée de la guerre et six mois, un traitement par classe, une tenue blanche réglementaire, une cocarde tricolore sur la coiffe et un brassard délivré par le ministère de la Guerre.

Paris en guerre. Les dates sont exactes : les raids des Gothas dans les nuits du 30 au 31 janvier, du 8 au 9 et du 11 au 12 mars 1918, la fin des alertes sonnée par les clairons des pompiers (la « berloque »), le premier obus du canon à longue portée le samedi 23 mars 1918 vers 7 h 20, l'église Saint-Gervais frappée pendant l'office du Vendredi saint, le 29 mars, et le défilé allié du dimanche 14 juillet 1918. Au début d'avril 1918, une partie des blessés du Val-de-Grâce est transférée dans d'autres hôpitaux parisiens.

La grippe. La grippe dite espagnole frappe Paris en deux temps en 1918 : une première vague au printemps et en été, peu meurtrière, puis la vague de l'automne, dont la mortalité culmine en octobre. Le 13 octobre 1918, les visites sont interdites dans les hôpitaux de l'Assistance publique. Les soins décrits au chapitre 9 (ventouses, huile camphrée, oxygène) sont ceux de l'époque.

La Grande Guerre. Les dates des batailles et des offensives (Artois, Verdun, la Somme, le Chemin des Dames, l'offensive allemande du 21 mars 1918) et les régiments cités sont réels. Lucien Perrin sert au 28e régiment d'infanterie, qui attaque le Bois Carré, à Aix-Noulette, le 26 mai 1915.

Ce qui est reconstitué


Certains éléments sont vraisemblables sans être démontrés par une source directe.

- Le statut de Madeleine avant 1916. Admise « à titre auxiliaire » et assimilée au personnel civil des hôpitaux militaires : c'est une construction fondée sur les textes de l'époque (décret de 1897 sur le personnel civil, décret de 1909 sur les infirmières militaires), pas un cas attesté.
- La salle Saint-Lazare. C'était la grande salle de chirurgie des hommes de l'Hôtel-Dieu de Toulouse, aujourd'hui salle des Colonnes. Sa fonction en 1914 est très probable, mais pas directement documentée.
- L'organisation quotidienne du Cinquième : l'aspect des salles, les horaires, les séances de photographie, les relations entre dentistes et chirurgiens.
- Le tri d'avril 1918. Le choix de qui part et de qui reste est reconstruit à partir des contraintes médicales de ces blessés, pas d'un registre.
- L'hospitalisation d'une infirmière du Val-de-Grâce dans ses propres divisions de fiévreux. C'est plausible, mais aucune règle ne l'attestait.

Après


Hippolyte Morestin meurt le 12 février 1919, à quarante-neuf ans, trois mois après l'armistice. La presse du lendemain parle d'une pneumonie. Il était de santé fragile, atteint de tuberculose, épuisé par quatre années de travail ; plusieurs sources ultérieures attribuent cette pneumonie à la grippe espagnole. Soignants et blessés suivent son cercueil de la chapelle du Val-de-Grâce au cimetière du Père-Lachaise.

L'Union des blessés de la face est fondée en 1921 par le colonel Picot, Bienaimé Jourdain et Albert Jugon, avec pour devise « Sourire quand même ». C'est avec elle que s'impose l'expression « gueules cassées », dont on attribue souvent la paternité au colonel Picot. Pour cette raison, aucun personnage du roman ne l'emploie.

Le diplôme d'État d'infirmière est créé en France en 1922.
Le ministère des Armées estime à environ trois cent cinquante le nombre d'infirmières mortes en service pendant la Grande Guerre.

Principales sources


- R. Fournet et J. Frexinos, Quatre siècles de soins infirmiers dans les Hôpitaux de Toulouse (1689-2009), et le catalogue d'exposition du Musée des instruments de médecine du CHU de Toulouse.
- Bulletins et mémoires de la Société de chirurgie de Paris, années 1915 et 1916 (Bibliothèque interuniversitaire de santé, numérisés).
- Le Figaro, comptes rendus de la séance de l'Académie de médecine du 13 mars 1917 et annonce de la mort de Marcelle Louvat, 14 octobre 1918.
- La Greffe générale, 1917-1918 (exemplaires numérisés, Mémoire vive, Besançon).
- Bulletins de la Société de secours aux blessés militaires.
- ImagesDéfense et Service historique de la Défense (photographies, défense contre avions de Paris).
- Archives municipales de Toulouse.