Ça devrait aller mieux demain
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Préface

Madeleine est inventée. Les hommes qu'elle soigne ont existé par milliers, comme les chirurgiens qui les ont opérés et les infirmières qui les ont veillés.

La guerre de 1914-1918 a inventé une manière nouvelle de blesser les hommes. Les obus, les éclats et les balles de mitrailleuse frappaient des soldats enterrés dans des tranchées, dont seule la tête dépassait. Des milliers d'entre eux sont revenus vivants avec un visage détruit : sans nez, sans mâchoire, sans joue, sans bouche. On estime qu'ils furent environ quinze mille en France. Après la guerre, ils se sont appelés eux-mêmes les « gueules cassées ».

Personne ne savait les soigner. En 1914, la chirurgie savait refermer une plaie, pas refaire un visage. Elle l'a appris pendant la guerre, sur eux, opération après opération, avec des erreurs, des réussites et des morts. Au Val-de-Grâce, à Paris, un chirurgien né en Martinique, Hippolyte Morestin, a dirigé l'un des premiers services consacrés à ces blessés. Il prenait de la peau sur le front pour faire un nez, du cartilage sur une côte pour le soutenir, de la graisse sur la fesse pour combler un creux. On l'a surnommé plus tard le « père des gueules cassées ».

Autour des chirurgiens, il y avait des infirmières. Plus de cent mille femmes ont soigné des blessés en France pendant la guerre, la plupart bénévoles, quelques-unes diplômées. Ce sont elles qui faisaient les pansements jour et nuit, qui nourrissaient à la sonde les hommes qui n'avaient plus de bouche, qui les regardaient en face quand eux-mêmes n'osaient plus se regarder. L'histoire a retenu les noms des chirurgiens. Elle a presque oublié les leurs.

La guerre n'a pas été le seul fléau de ces années-là. En 1918, une autre catastrophe a frappé le monde entier, que les livres d'histoire mentionnent souvent en une ligne : la grippe espagnole.

Elle n'avait rien d'espagnol : on l'a appelée ainsi parce que l'Espagne, neutre, laissait ses journaux en parler, quand les pays en guerre censuraient la nouvelle. À l'automne 1918, elle devient effroyable. Une forte fièvre, puis les poumons se prennent, et en quelques jours les malades manquent d'air au point que leurs lèvres bleuissent. Il n'existe ni vaccin ni antibiotique : on pose des ventouses, on donne de l'oxygène quand on en a, et on attend. Elle tue surtout des adultes jeunes, et fait entre vingt et cinquante millions de morts dans le monde, sans doute plus que la guerre elle-même.

Ce livre est pour les infirmières de la Grande Guerre, et pour toutes celles dont on n'a pas gardé le nom.

N'hésitez pas à me laisser un message si vous aimez ce projet, donnez-moi vos impressions et appréciations : fredo.ecrit@hotmail.com

Bonne lecture,
Frédéric