Chapitre 2 - Le silence
Décembre 1941. Le froid était arrivé d'un coup, comme il fait en Haute-Bavière - pas le froid humide des plaines, le froid sec et coupant des Préalpes, celui qui gèle l'eau dans les seaux avant l'aube et qui fend le bois mal stocké.
Marlene avait trouvé son rythme. Six heures, lever. Le poêle d'abord - toujours le poêle d'abord, sinon la cuisine restait glaciale jusqu'à midi. Café d'orge, tartine de Schmalz. Monter le plateau du père - soupe, pain, les médicaments quand il en restait. Sept heures, sortir. Traverser la cour. Ouvrir la grange.
Antoine était toujours debout avant elle.
Elle ne savait pas à quelle heure il se levait. Elle ne lui avait jamais demandé et n'avait pas les mots pour le faire. Mais chaque matin quand elle poussait la porte de la grange, il était là, habillé, paillasse pliée, prêt. Debout dans le froid, le souffle blanc, les mains dans les poches de sa veste trop mince.
Les premiers jours avaient été un exercice de pantomime. Marlene pointait une vache, mimait la traite. Pointait la fourche, mimait le geste. Antoine comprenait vite - pas à la manière d'un homme intelligent, à la manière d'un homme attentif, ce qui n'est pas la même chose. Il regardait, il observait, et il faisait. Pas de questions. Pas d'erreurs. Au bout d'une semaine, il connaissait la routine mieux qu'elle ne l'aurait expliquée.
Le travail les rapprocha physiquement sans les rapprocher autrement. On ne peut pas traire huit vaches, nettoyer une étable, fendre du bois et réparer des clôtures à deux sans occuper le même espace. Leurs corps se croisaient dans la grange, dans l'étable, dans la cour. Un passage étroit entre les stalles, un outil qu'on se tend sans regarder, un rythme de travail qui s'accorde sans se parler. Marlene apprit la géographie de cet homme par soustraction - elle savait exactement où il se trouvait à chaque instant, non pas parce qu'elle le cherchait mais parce que son absence d'un endroit signifiait sa présence dans un autre.
Antoine ne parlait pas. Pas un mot, ni en français ni en allemand. Il travaillait, mangeait ce qu'elle lui apportait - elle avait pris l'habitude de lui préparer une assiette matin et soir, posée sur le tabouret de la grange, couverte du même torchon - et dormait. Un fantôme utile. Un corps sans voix.
Marlene se surprit à le regarder.
Ce n'était pas un regard de désir - elle n'avait pas de référence pour ça, pas de comparaison, pas d'expérience à partir de laquelle nommer ce qu'elle observait. C'était un regard de curiosité. Cet homme existait dans son espace depuis des semaines et elle ne savait rien de lui. Pas son âge, pas son métier, pas sa vie d'avant. Juste un nom sur un formulaire, un matricule, et des mains.
Les mains. Marlene les voyait travailler et c'était comme regarder quelqu'un parler une langue qu'on ne comprend pas mais dont on saisit la beauté. Antoine tenait les outils différemment des paysans qu'elle avait connus - son père, son frère, les voisins d'avant-guerre. Eux empoignaient. Lui prenait. La différence est dans les doigts. Un paysan utilise la paume ; Antoine utilisait les doigts, chaque doigt à sa place, avec une précision qui n'appartenait pas à la ferme. C'est un menuisier, avait dit le Feldwebel. Marlene n'y avait pas prêté attention. Maintenant, en regardant ses mains ajuster une planche, elle comprenait.
C'est en regardant les mains qu'elle vit la cicatrice.
La cicatrice de la main gauche, celle qu'elle avait notée le premier jour - rose, brillante, du pouce au poignet. En trois semaines, elle n'avait pas changé. Ou plutôt si : elle avait changé, mais pas dans le bon sens. Le rose était devenu rouge. Le bord était gonflé. Et un matin de décembre, en lui tendant la fourche dans l'étable, Marlene vit Antoine grimacer en refermant la main.
Il ne dit rien. Prit la fourche. Continua.
Marlene ne dit rien non plus. Mais elle regarda, et elle vit ce qu'il cachait : la main gauche travaillait moins. Il compensait avec la droite, chargeait plus de ce côté, ajustait ses gestes pour protéger la blessure. Un homme qui cache sa faiblesse parce que sa faiblesse peut le renvoyer au Stalag.
Le soir, elle posa l'assiette sur le tabouret. Et à côté de l'assiette, un pot de pommade au calendula et une bande de tissu propre.
Antoine regarda la pommade. Regarda Marlene. Ne bougea pas.
Marlene pointa la main. Pointa la pommade. Fit le geste d'enrouler un bandage. La pantomime habituelle, sauf que cette pantomime-là disait autre chose que "trais la vache" ou "fends le bois". Celle-là disait : je t'ai vu. Je sais. Montre-moi.
Antoine hésita. Marlene vit l'hésitation - un calcul rapide derrière les yeux sombres. Montrer la blessure, c'était avouer la faiblesse. Avouer la faiblesse à la femme qui pouvait le signaler, le faire remplacer, le renvoyer derrière les barbelés.
Il tendit la main.
Marlene la prit.
C'est le premier contact. Pas un frôlement, pas un accident - un geste délibéré. La main de Marlene sous la main d'Antoine, paume contre paume, et le poids de cette main dans la sienne, et la chaleur de cette main malgré le froid de décembre, et Marlene sentit quelque chose se déplacer dans sa poitrine, quelque chose de physique, comme un organe qui bouge.
La cicatrice était infectée. Pas gravement - pas encore - mais le bord suppurait, la peau autour était chaude et tendue. Marlene retourna la main doucement. Antoine se laissa faire. Il ne la regardait pas - il regardait le mur de la grange, la mâchoire serrée, comme un homme chez le médecin qui refuse de voir l'aiguille.
Marlene nettoya la plaie. L'eau froide du broc, un chiffon propre. Antoine ne broncha pas. Ses doigts se crispèrent une fois - une seule - quand elle appuya pour faire sortir le pus, et Marlene sentit la crispation dans sa propre main, transmise par le contact, et c'est là qu'elle comprit quelque chose qu'elle ne comprenait pas avant : que toucher un corps, c'est être touchée. Que la douleur de l'autre passe par la peau, et pas seulement la douleur.
Elle appliqua la pommade. Le calendula sentait l'été - une odeur absurde en décembre, une odeur de jardin et de soleil dans une grange glaciale. Marlene étala la pommade le long de la cicatrice avec le pouce, lentement, et elle sentait sous son doigt le relief de la blessure, la chair reconstruite, la peau neuve. Elle sentait aussi le pouls d'Antoine au poignet, rapide, plus rapide qu'il n'aurait dû.
Elle enroula la bande. Proprement, fermement, sans serrer. Deux tours au poignet, un tour au pouce, un noeud plat. Les gestes d'une fermière qui bande les pattes des bêtes - sauf que ce n'était pas une patte, c'était une main d'homme, chaude et vivante et qui n'avait pas bougé pendant toute l'opération et qui ne bougea pas quand elle eut fini.
Marlene lâcha la main. Ou plutôt, elle ouvrit ses doigts, et la main d'Antoine resta une seconde dans les siens - une seconde de trop, une seconde de plus que nécessaire - avant de se retirer.
- Danke, dit-il.
Marlene se figea. C'était la première fois qu'il parlait. Un seul mot, et en allemand. Prononcé mal, avec un accent qui écrasait les voyelles, mais le mot juste, le mot exact, et c'est l'exactitude qui la saisit plus que le son.
Elle hocha la tête. Sortit. Traversa la cour. Rentra dans la cuisine. S'assit. Regarda ses propres mains.
Ses mains sentaient le calendula et la peau d'un autre.
Elle revint le lendemain. Et le surlendemain. Changer le bandage, vérifier la cicatrice, appliquer la pommade. Chaque soir, le même rituel. Chaque soir, la main d'Antoine dans la sienne pendant cinq minutes, et le silence autour, et le froid dehors, et le calendula.
La blessure guérit en dix jours. Le rouge redevint rose. Le gonflement disparut. Le dernier soir, Marlene déroula le bandage, regarda la cicatrice propre et nette, et dit :
- Gut.
Elle se leva pour partir. Antoine dit :
- Noch ein Wort.
Un autre mot. Il avait dit ça avec application, comme un élève, et Marlene comprit qu'il avait préparé la phrase, qu'il l'avait construite dans sa tête pendant qu'elle bandait sa main, peut-être depuis plusieurs jours.
Elle se rassit.
Antoine pointa la fenêtre de la grange. Dehors, la neige tombait - la première neige de l'hiver, lourde et silencieuse.
- Schnee ? dit-il.
Marlene regarda la neige. Regarda l'homme. L'homme qui avait dit "danke" et qui maintenant disait "Schnee" avec un point d'interrogation, comme un enfant qui vérifie.
- Schnee, confirma-t-elle.
- Schnee, répéta-t-il. Et il pointa la pommade. Marlene comprit.
- Ringelblume, dit-elle. Calendula.
- Ringelblume, dit Antoine.
C'est un son étrange, le nom allemand d'une fleur dans la bouche d'un Français. Ca ne devrait pas fonctionner. Les syllabes sont trop dures, trop longues, faites pour d'autres mâchoires. Mais Antoine le dit avec le même soin qu'il mettait à tenir un outil, et Marlene rit.
Elle rit.
C'est la première fois qu'elle riait depuis des mois. Le son la surprit elle-même - un son oublié, rouillé, qui sortit de sa gorge comme une porte qu'on force. Antoine la regarda et sourit. Pas un sourire large, pas un sourire de joie - un sourire bref, fugace, le sourire d'un homme qui n'a plus l'habitude non plus.
A partir de ce soir-là, ils échangèrent un mot par jour. Un seul. Le pacte tacite d'un dictionnaire construit à deux, une entrée à la fois. Schnee, neige. Kuh, vache. Milch, lait. Holz, bois. Kalt, froid. Main, Hand. Les mots du quotidien, les mots de la ferme, les mots du corps et du temps.
Marlene attendait le soir. Elle ne se l'avouait pas - pas encore, pas en ces termes - mais elle attendait le moment où elle pousserait la porte de la grange avec l'assiette et où Antoine dirait un mot nouveau ou en demanderait un, et où ils seraient, l'espace d'une minute, deux personnes qui se parlent et non pas une fermière et son prisonnier.
Janvier 1942. La lettre arriva un mardi.
Marlene reconnut l'enveloppe du Oberkommando avant de l'ouvrir. Pas l'écriture de Georg - l'écriture administrative, la même typographie que les formulaires de la Kreisbauernschaft. Elle s'assit à la table de la cuisine, ouvrit l'enveloppe avec un couteau, et lut.
Georg Vogt, Gefreiter, 6. Armee. Tombé le 14 décembre 1941 dans le secteur de Kharkov, sur le front de l'Est. La patrie reconnaissante. Heil Hitler.
Marlene posa la lettre. Regarda la fenêtre. Il neigeait encore. Georg avait vingt-neuf ans. Georg aimait les chevaux et détestait se lever tôt et sifflait faux et avait un rire qui s'entendait depuis l'autre bout du village. Georg avait dit, en partant, "je serai rentré pour les foins". Les foins étaient passés deux fois depuis.
Elle ne pleura pas tout de suite. Les larmes vinrent plus tard, dans l'après-midi, sans prévenir, au milieu de l'étable, pendant qu'elle nettoyait les stalles. Elles vinrent silencieusement, sans sanglots, juste de l'eau sur les joues, et Marlene continua de travailler en pleurant parce qu'il n'y avait personne pour la voir et que les vaches s'en fichaient.
Antoine la vit.
Il revenait de la remise avec un seau de grain et il s'arrêta à la porte de l'étable et il la vit, la fourche à la main, le visage trempé, et il comprit. Pas les détails - il ne pouvait pas savoir pour Georg, pas encore - mais l'essentiel. Il comprit qu'une chose s'était brisée.
Il ne s'approcha pas. Ne dit rien. Ne fit aucun geste. Il posa le seau à côté de la porte et sortit.
Marlene l'entendit dehors. Des coups de marteau. Réguliers, précis, le son familier d'un homme qui travaille le bois. Les coups durèrent une heure, peut-être deux. Puis ils cessèrent.
Le soir, en traversant la cour pour apporter l'assiette, Marlene s'arrêta. Le volet de la cuisine - celui qui grinçait depuis l'automne, celui qu'elle remettait chaque semaine sans jamais le réparer - ne grinçait plus. Les gonds étaient neufs. Le bois était poncé. Le volet fermait sans bruit.
Marlene posa la main sur le volet. Le bois était lisse sous ses doigts, travaillé avec une finesse qui n'avait rien à voir avec un volet de ferme. C'était du travail de menuisier. Du travail d'ébéniste.
Elle apporta l'assiette. La posa sur le tabouret. Antoine était assis sur la paillasse. Il avait de la sciure sur les manches et dans les cheveux. Marlene le regarda et dit :
- Der Laden.
Le volet. Antoine hocha la tête.
Marlene chercha un mot. Le seul mot qui importait, le même qu'il avait dit le premier, le soir de la pommade.
- Danke, dit-elle.
Le mot sonnait différemment dans sa propre bouche. Plus doux, plus bas, chargé de quelque chose que le mot ne contenait pas d'habitude. Antoine la regarda et il y eut dans ce regard une chose que Marlene n'avait jamais vue chez un homme, une chose qu'elle ne sut pas nommer ce soir-là et qu'elle nommerait plus tard, beaucoup plus tard, quand elle aurait les mots pour ça : de la douceur.
Elle sortit. Referma la porte. Ne pleura plus.
Février 1942. Le père ne quittait plus le lit.
Marlene montait trois fois par jour. Soupe, pain, tisane. Le vieil homme toussait et dormait et toussait et dormait. Le docteur Maier était revenu, avait dit "les poumons" d'un air qui signifiait qu'il n'y avait rien à dire, et était reparti. Le vieux Brenner, le Posten, était passé le jeudi comme d'habitude, avait vérifié qu'Antoine était là, avait bu le café que Marlene lui servait par obligation, et avait dit en partant :
- Le Français a l'air de bien travailler. C'est mieux que le dernier qu'on a mis chez Huber. Celui-là a essayé de partir.
Marlene n'avait pas demandé ce qu'il était advenu du dernier chez Huber.
Le monde rétrécissait. Le village était à trois kilomètres et Marlene n'y allait plus qu'une fois par semaine, pour le pain et les nouvelles. Les nouvelles étaient mauvaises - Moscou tenait, l'hiver russe mangeait les soldats, les listes de morts s'allongeaient au panneau de la mairie. Chaque nom sur la liste était un visage qu'elle connaissait. Le fils Wimmer. Le petit Stadler qui avait deux ans de moins que Georg. Le mari de Brigitte Hofer, trois enfants.
La ferme devenait le monde entier. Marlene, le père qui disparaissait, et Antoine.
Antoine qui parlait maintenant. Pas beaucoup - une dizaine de mots d'allemand, assemblés avec une grammaire inexistante mais un à-propos remarquable. "Kuh - krank" en pointant la vache qui boitait. "Holz - morgen" pour dire qu'il fendrait du bois le lendemain. "Kalt - sehr" en soufflant sur ses doigts avec une grimace exagérée qui fit sourire Marlene malgré elle. Et le soir, dans la grange, le rituel du mot nouveau.
Marlene apprenait le français en retour. Un mot contre un mot, le troc le plus ancien du monde. Neige, vache, lait, bois, froid, main. Puis d'autres mots, moins utiles, plus dangereux. Sourire. Rire. Yeux. Elle ne savait pas pourquoi elle avait demandé "yeux" - le mot était sorti tout seul, un soir où Antoine la regardait en répétant "Ringelblume" avec une prononciation qui ne s'améliorait pas.
- Yeux, avait dit Antoine en pointant les siens.
- Augen, avait dit Marlene.
- Augen, avait répété Antoine en la regardant.
Et le mot, dans sa bouche, avec ses yeux sur elle, avait pris un poids que le dictionnaire ne prévoyait pas.
Un soir de février, Marlene descendit de la chambre du père avec le plateau du dîner intact. Il n'avait rien mangé. Il n'avait presque rien dit, sauf "Georg" une fois, dans un souffle, et Marlene n'avait pas su s'il appelait son fils ou s'il le voyait.
Elle posa le plateau dans la cuisine. Prépara l'assiette d'Antoine. Sortit dans la nuit glaciale, traversa la cour, poussa la porte de la grange.
Antoine était assis sur la paillasse, une bougie posée sur le tabouret. Il taillait quelque chose - un morceau de bois, petit, qu'il travaillait au couteau avec des gestes précis et lents. Il leva les yeux quand elle entra.
Marlene posa l'assiette. Resta debout. Elle ne savait pas pourquoi elle restait - d'habitude elle posait l'assiette et repartait, le rituel avait ses limites, on ne s'assied pas dans la grange avec un prisonnier après la tombée de la nuit. Mais ce soir le père n'avait pas mangé et Georg était mort et le froid était insupportable et la cuisine était vide et elle resta.
Antoine posa le couteau. La regarda. Vit quelque chose - la même chose qu'il avait vue le jour de la lettre, dans l'étable, sauf que cette fois c'était plus profond, plus constant, pas un chagrin aigu mais un épuisement.
- Setz dich, dit-il.
Assieds-toi. Il avait dit ça en allemand, avec son accent terrible, et c'était la première fois qu'il disait une phrase entière, et c'était un ordre, ou une invitation, ou une prière - les trois à la fois - et Marlene s'assit.
Sur la paillasse. A côté de lui. A trente centimètres.
Ils restèrent assis en silence. La bougie faisait danser les ombres. Dehors, le vent soufflait. Les vaches bougeaient dans l'étable voisine, un bruit sourd et régulier, presque apaisant. Antoine reprit le morceau de bois et le couteau, et recommença à tailler, et Marlene regarda ses mains travailler.
C'est une chose étrange, de regarder des mains travailler le bois à la lueur d'une bougie. Le geste est lent, sûr, répétitif. Le copeau se détache en spirale, fin et régulier. Le bois apparaît sous le bois, la forme sort de la matière, et les mains qui font ça ne tremblent jamais. Marlene regardait et le silence n'était plus un vide mais une présence, quelque chose de chaud et de plein, le contraire exact de la cuisine déserte.
Au bout d'un moment - cinq minutes, dix, elle ne comptait pas - Antoine posa le morceau de bois sur le tabouret, à côté de l'assiette. C'était une fleur. Petite, grossière encore, mais reconnaissable. Une fleur en bois. Une Ringelblume.
Marlene prit la fleur. La tourna entre ses doigts. Le bois était tiède - la chaleur de ses mains à lui, restée dans la matière.
Elle leva les yeux. Il la regardait. Trente centimètres. La distance d'une paillasse, la distance d'un souffle, la distance d'un geste qu'aucun des deux ne fit.
Marlene se leva. Prit la fleur. Dit :
- Gute Nacht.
Et sortit. Et traversa la cour. Et rentra. Et posa la fleur en bois sur la table de la cuisine, à côté de la boîte à sel, et la regarda longtemps.
Dehors, la neige avait recommencé à tomber. Le volet ne grinçait pas. Et quelque part dans la grange, un homme mangeait une assiette de pommes de terre en regardant l'endroit où elle s'était assise.